
Culminant à 890 mètres d’altitude, le mont Nicol-Albert est le plus spectaculaire des trois sommets explorés. Réputé pour son important dénivelé, il offre une succession de chutes, de cascades, de parois rocheuses et de points de vue saisissants. L’eau y est omniprésente, la forêt foisonne de vie et la faune s’y dévoile au fil de la randonnée. Cette montagne dynamique et généreuse, véritable sanctuaire naturel, a inspiré une œuvre, une vidéo et une trame sonore à son image : puissantes, vivantes et remplies de mouvement.
Culminant à 890 mètres d’altitude, le mont Nicol-Albert est le plus spectaculaire des trois sommets explorés. Réputé pour son important dénivelé, il offre une succession de chutes, de cascades, de parois rocheuses et de points de vue saisissants. L’eau y est omniprésente, la forêt foisonne de vie et la faune s’y dévoile au fil de la randonnée. Cette montagne dynamique et généreuse, véritable sanctuaire naturel, a inspiré une œuvre, une vidéo et une trame sonore à son image : puissantes, vivantes et remplies de mouvement.
Les courbes de niveau, espacées de 10 mètres d’altitude, deviennent autant de points d’arrêt : un moment d’écriture, d’observation et de ressenti à chaque courbe franchie. 74 courbes ont été parcourues sur cette montagne, chacune associée à une émotion dominante.
Voici le Mont Nicol-Albert, dans la réserve faunique de Matane, révélé au fil de ses courbes topographiques. Je l’ai exploré du bas vers le haut à trois reprises pour couvrir l’ensemble des courbes topographiques; soit, 74 courbes de topographies. La lecture de cette aventure ne suivra donc pas un ordre chronologique habituel. Sentier difficile mais magnifique.
Terminé ma dernière journée de rando à 16 hrs. Baignade extraordinaire. Seule. Beau, mais tellement beau…Me suis baignée, plongé deux brevages à refroidir dans la rivière. J’ai regardé le paysage…sereine. À plusieurs reprises des saumons ont piqué des vrilles et des stepettes, là sous mes yeux. J’Étais la plus heureuse du monde. À ce moment, y’avait rien de plus beau. En plus de sentiment du devoir accompli.
Un homme est venu puiser son eau à la rivière. Un anglophone. Depuis Terre-Neuve, je ne gêne plus pour piquer jasette en anglais. C’est un grand randonneur. La veille, il a déboulé du Mont Logan. Son visage était écorché, pauvre lui. Je lui ai offert de la nourriture à son campement et il m’a raconté son histoire. Il termine l’Appalachien trail au complet dans quelques jours à Amqui. Il est parti de Key West en Floride, si j’ai bien compris. Il entreprend des sections de marche de 30 jours depuis maintenant 6 ans. Depuis qu’il a appris qu’il avait un cancer incurable. Ce gentil monsieur s’appelle Tom et son nom de randonneur est Satellite. S’il arrête de marcher, il crève. La marche lui permet de rester en vie.
Qu’elle belle rencontre ! Qu’elle belle journée ! Qu’elle belle montagne ! Je suis aux anges.
Rivière
Je me couche dans ton lit
Me prendras-tu comme amante ou comme amie
Retour
J’te dis bye, mais j’m’en vais pas tout de suite. Certaine que tu me réserves encore des surprises. Encore une nuit. J’vais la savourer. C’est la dernière.
Je vais retourner me baigner à la rivière. Pas le choix, ça fait parti de forfait.
Je repartirai rêveuse et reposée. J’ai suivi ton rythme, ainsi que le mien. On s’est bien entendu. Tu es une bonne compagne de voyage.
Je vais revenir, sois-en assurée.
P.S Merci pour les bleuets
Bye ! À bientôt et merci encore.
Allé
En partant ce matin, les filles de la Baie des Chaleurs, celles du refuge, mon dit
-« Bonne journée au travail »
J’ai aimé ça.
J’achève…
Pas seulement cette montagne mais cette partie du projet.
Un gros morceau !
Je serai là par la suite mais j’en cède une grande partie à mes comparses.
Ais-je vraiment besoin de conclure ? J’ai tiré des conclusions à chacune des courbes.
Pas encore fait les comptes, mais à pied de nez, 200 courbes ont été conclues et réfléchies. Des idées passagères alimentées par des décors aussi riches les uns que les autres.
Chute 3
Un autre point de vue à couper le souffle…encore.
Des racines en guise de marches. Elles s’entrecroisent telles des lianes.
Je m’épaule sur l’arbre surplombant la chute, celui qui accueille la corde. Elle est jaune cette fois-ci. Ça me donne un peu le vertige. L’arbre, la corde, la vue, le son. Tout pour accentuer cette drôle de sensation des hauteurs.
Un sujet non abordé
Lorsqu’il y a un élément au milieu du sentier (arbre, rocher etc.) de quel côté passer ?
…grandes questions de randonneuse.
Se perdre dans ses pensées peut également signifier perdre son chemin.
Premier arrêt. J’ai pu marcher une demi-heure sans m’arrêter. Mon but aujourd’hui, me rendre au sommet et écrire sur les plus hautes courbes en descendant.
Je me fais des plans. Je me fixe des dates et des objectifs. Je fais le point. Je me mathématicalise.
Randonner c’est se recentrer.
Le paysage est magique !
Je marche sur des billots en coupe zuchinis. Prêts à se faire griller sur le BBQ.
Je suis sur « mute ».
Je suis « mutée » et j’aime ça !
« Topographies » aura changé ma façon de marcher. Mes sens sont en éveil. Je suis connectée avec mon environnement tout en étant déconnectée. Dire que je suis branchée de tous bords tous côtés…
Un autre point de vue. Cette fois-ci, le jet sort du rocher tel le flot d’une borne d’incendie.
Grands pins et grands cèdres s’inclinent tout autour, enracinés solide pour ne pas tomber.
J’adore le son de la rivière. En revanche, pas certaine que je vivrais aussi près. Le bruit est constant !
En y pensant bien, c’est la même chose au bord de la mer avec le son des vagues. Idem près d’un champ balayé par le vent.
On ne s’en sort pas. Du bruit, il y en a mais je préfère de loin cette cacophonie que celle de la ville ! J’imagine que je m’y ferais. Maia vivre près d’une chute ça ne doit pas être banal. C’est pour un original ou pour un sourd.
Heureusement, on s’habitue à tout.
J’adosse mon cahier sur un tronc d’arbre tombé au travers le sentier. Le SIA y a martelé son sigle, sa balise. C’est sans doute pour y poser les yeux et éviter de se cogner la tête sur le billot.
La vie a poussé sur sa base morte. La vie a repris sur les racines qui partent de tous les côtés…telles une girouette ébranlée. Tous les éléments s’y sont si bien intégrés que c’est presque à se demandé s’il a poussé coucher, sur le côté. Grandir coucher, étrange de se l’imaginer. Cet arbre s’est adapté, nous nous y sommes adapté, pourquoi l’enlever ?
Je m’y suis posé, je l’ai testé et poussé.
Rien n’a bougé. C’est OK.
Un endroit spécialement conçu pour s’arrêter et admirer. Je m’y prends. J’y bifurque, je m’y enfarge les pieds.
J’allonge le temps, j’étire la sauce. Je prends le temps de prendre mon temps.
Les débuts de sentiers sont ainsi faits. Ils sont invitants, bien propres et bien habillés pour la visite.
Ils sont faits pour voir sans trop s’aventurer. Ce sont des haltes routières pour randonneurs.
Descente
Je n’en reviens tout simplement pas ! Tous les chiffres ronds des courbes terminant par des zéros sont placés stratégiquement.
J’ai très hâte de comparer les courbes des trois montagnes visitées.
À 250, eau limpide, roche pour se poser. De l’ombre, mais pas trop…juste assez.
Longue chute. Grand filet cristallin fin et rapide. Facile d’y puiser de l’eau.
Au creux d’un vallon. Espace propice à laisser passer le vent changeant. Bourrasques chaudes sur fond froid tiré du fond de la rivière.
Des feuilles qui chantent, une rivière qui danse, que demander de plus ? une percée à travers les arbres pour zyeuter la falaise de l’autre côté.
Montée-autre endroit
C’est ici que je commencerai ma journée. Bien qu’elle soit entamée depuis quelques heures. Je suis face au panneau indicateur.
<- Nicol-Albert 4,6 km
Petit Saut->1,5 km
Je m’arrêterai souvent, je ferai des pauses. Je prendrai mon temps entre ces 3 km.
Cette montagne pourrait se lire comme un papier d’emballage alimentaire.
Avertissement : 1km c’est peu mais 2 c’est beaucoup !
Je me suis assise entourée de petites boules brunes.
-crottes d’orignal ; sure à 100% 😊
C’est l’heure de la sieste. Il n’y a que la rivière qui continue de s’énerver. Moi je descends paisiblement. Admirative. Cette section est brune, rouge et rouille. J’arrête où bon me semble, sans regarder à la dépense.
Je marche un écouteur sur l’oreille. Je suis 100% à l’écoute.
Je me terre entre 2 grands cèdres. Je leurs tends l’oreille, celle qui est libre.
Je les flatte, je les enregistre et j’attends une réponse.
Ils sont remplis d’orifices et de failles. De la mousse se faufile en hauteur sur leur tronc. Possible qu’un petit animal s’y réfugie.
Je ne saurai jamais si je les aurai apaisés ou apeurés mais je les aurai écoutés et appréciés. M’ont-ils seulement remarquée ?
Petit animal préhistorique, pensant ne pas s’être fait démasquer. « Allé, va-t’en petit prince véreux. »
Je m’attarde, je fais le guet, prête à dégoupiller.
Je laisse passer et je m’explique.
Je lève ma tête et par le fait même mes yeux.
Des formes biseautées et saccadées sont taillées à la paroi de la falaise. C’est un endroit rêvé pour nicher, inaccessible et inatteignable. Je ne sais pas sur quelle cavité arrêter mes yeux. Je les observe toutes. Je suis aux aguets. Je scrute en silence.
Rien ne bouge. Je quitte la tête haute.
Une descente d’eau fine, délicate, un mince filet. Des roches par centaines recouvertes de mousse verte fluorescente. Ça dégoute, ça suinte, ça transpire, ça s’alimente. Du bois mort s’entasse. Ils nourrissent la mousse. Tout comme l’eau, tout comme l’air. Microsystème. Reflet de lumière nourricier, douillet et tendre. Je m’en vais goûter ton eau.
Je me sens comme une bille de machine à boule à ressort, un flipper. En tirant sur le ressort, ça part ! Ding, ding, ding ! C’est l’effet que me fait cette montagne. Elle me brasse. C’est peut-être aussi une analogie pour renverser la vapeur. Je m’explique; même sans réseaux cellulaires j’entends des dings. J’m’en ennuie pas, mais ils me suivent.
Une succession de chutes d’eau et de marmites. Ça va vite ! Les pierres se sculptent et se dessinent. Des arbres tombent. Ils espèrent y prendre racine. Je n’y crois guère, avec toute cette eau, ils auraient déjà germé.
Les cèdres poussent comme les tournesols, en suivant le soleil.
Ils spiralent. Tournis d’écorces et de racines.
Quand la mousse s’en mêle, j’vous dit pas !
Je pense de moins en moins au sentier. Je m’y suis habitué. Au jour 3, je pense à ma vie. Mes pieds sont capables de marcher sans moi.
J’entends un oiseau. Un son particulier. Je ne le reconnais pas et Merlin non plus. Je lève les yeux. Devant moi une haute paroi rocheuse. Je la scrute. Je mets mon casque d’écoute, je tends l’oreille. Plus rien.
Je zoom sur la paroi, rien ne bouge.
Et bam ! Un faucon passe juste devant moi ! Et si c’était un aiglon ? J’attends la suite.
Mes pieds avancent sans hésitation. Ils font leur job. Ce qui permet à ma tête de penser.
En m’arrêtant en accéléré, je verrais la mousse pousser sur mes jambes. S’agrippant sur les repousses de mes poils drus.
La mousse fluorescente épouse ceux qui stagnent sur son passage. Désolé, j’suis déjà prise.
Ça sent bon. Ça sent les fleurs ou un randonneur frais. Ni l’un, ni l’autre à l’horizon.
Arbre en décomposition. Il s’effrite à chaque ligne de vie. Il s’en détache, il en garde le souvenir, une année à la fois. Les éclisses sont rectangulaires, rectilignes. De couleur orangées, couleur coucher de soleil. Couleur fin de vie.
Une courbe chiffre rond. Ça va être long !
Grandes chutes, vous me coupez le son. Vous me faites perdre mon audition. Votre force et votre beauté m’attire moins qu’elle ne m’effraie. Ton eau semble si profonde. Je ne vois pas le fond. J’aimerais connaître la profondeur.
Si on parlait la même langue, les rochers striés en auraient long à me raconter.
J’aperçois un crochet vissé à la paroi et un deuxième. De quoi s’accrocher avant l’ultime descente. S’ancrer plutôt que de se laisser aller.
Je viens d’avoir une pensée de licorne. C’est surement dû au grand nombre d’heures marchées au soleil aujourd’hui. Les chutes, les bassins, les chaudrons, c’est tellement magique ! Féérique !
Il ne manque que du rose et des arcs-en-ciel.
Un écureuil marque le tempo d’une façon rythmée et ininterrompue. Je crois percevoir qu’il reprend son souffle entre chaque appel. Est-ce parce qu’il n’approuve pas ma présence ? Au contraire, est-ce un cri de joie ? Un instant, je vais lui demander…ça l’a fait taire.
Je me terre, je m’enroche, je décroche.
J’te donne mon temps.
Cascades.
Vous me sortez de mon silence. Vous me laissez sans voix. Des tourbillons et des puits sans fonds. Rivière Cap-Chat, tu tournes en tous sens et tu te faufiles à toute vitesse. Les animaux osent-ils t’approcher ? Craignent t’ils de s’y abreuver ? Je doute.
Cette théorie expliquerait la raison pour laquelle la faune animalière vit là-haut, au calme. Basses courbes où seuls les oiseaux et une poignée de randonneurs téméraires osent s’aventurer.
Assise au pied d’une chute, près du 3km convoité aujourd’hui. Une chute ruisselante et reposante explose en milliers de jets minuscules. Bel endroit pour diner.
Les patineuses me fascinent. Elles dessinent de façon éphémère le fond de l’eau, elles l’anime. Elles avancent à coup de poussées saccadées. Elles tournent et projettent comme de vieilles bandes de films de Disney. Leurs reflets imitent des têtes de Mickey.
Une marguerite jaune, seule. Abandonnée, poussée sur la mousse d’une roche striée par un débit effréné. Elle est en pleine vie, seule de son espèce. Je n’en avais jamais vu auparavant. Pas banal de prendre vie seule sur des rochers grands comme une piscine municipal.
Au pied d’une chute. Je regarde ma carte en mangeant mes peanuts hors de prix…les peanuts à Marie…soit dit en passant valent leur pesant d’or.
Ouain, je me sens comme si j’avais déjà assez marché pour aujourd’hui. Ma carte me rappelle à l’ordre en m’indiquant que je n’ai même pas encore commencé à monter.
Ces chutes enchanteresses me tendaient un leurre pendant tout ce temps. Marche Forest, marche !
Je marche à même le flot. De peu, mes pieds se feraient tremper.
Je tutoie mes objets…est-ce les premiers signes de solitude ?
Une roche flacotille sous le poids du ruisseau. N’a-t-elle pas su prendre sa place depuis le temps ?
Deux vues, deux chutes. Le même chant. Roches glissantes aplaties par le courant incessant de la rivière.
À ta hauteur. À hauteur de rivière. Aucun escarpement.
Oh combien de filets d’eau coulent en tous les sens ?
Le débit est rassurant. C’est un tempo en cadence.
Je te suis.
Mon histoire d’amour je l’ai vécue avec le Mont-Blanc. Avec toi je m’amuse pendant que toi tu m’épuises.
Ont-elles déjà été habitées ces grottes riveraines ? Elles cachent inévitablement des secrets. C’est l’idée que je me fais d’une caverne. C’est un endroit de prédilection pour cacher son butin. Ah ! Si les rochers pouvaient parler ! Ils communiquent à leur façon. Ils nous laissent des traces, des indices, des X.
Ça monte et ça descends. C’est dure à suivre. Difficile à calculer. Je me laisse glisser sur la paroi rocheuse. Trop fatiguée pour me retenir.
Marcher dans une gorge. S’engorger. Ça surprend. Ça détonne. Surtout accrochée à une corde. Cette montagne m’étonne ! Je suis cette rivière bouillante, C’est un cours qui ne sait où trouver sa fin. Moi j’te suis, au bout de ma laisse.
Un ruisseau asséché a gardé son humidité. Un billot est scindé pour me laisser passer. Ça sillonne, ça zig-zag, ça s’adapte.
Tracer san détruire. Construire et contourner sans rien briser. Intact.
Je me pose près du précipice. Je regarde couler. Elles sont plus rapides que moi ces chutes ! Bien que si je chutais, je les rejoindrais surement assez vite. Oiseau de malheur, sors de ce corps.
La descente est à pic, raide, rude, droite, verticale et difficile. Si le projet est mathématique, ici ce sont des maths fortes. Il faut suivre le compte. Il faut savoir évaluer et bien calculer où mettre les pieds.
Arrêt au beau milieu d’une longue escalade. Pas meilleur endroit pour se poser. C’est extrêmement escarpé, entouré de roches et d’eau.
Le chant des oiseaux est doux à mes oreilles.
Je suis assise sur un promontoire de mousse et de lichen. Les racines des arbres sont enrobées par de la mousse et du lichen.
Le décor semble irréel et au loin, mais jamais bien loin, le bruit de l’eau qui court. Courez tant vous voudrez, moi je me repose sous une lumière parfaite.
Arrêt au tournant. J’en profite pour me ravitailler à la rivière. Le lit s’étend au creux des montagnes. Un autre buton, une autre ascension, une suite après le tournant.
Des patineuses s’agitent sur l’eau, entre les roches, elles s’amusent à défaire le lit. Elles s’élancent. Elles tentent une valse ou un tango. Elles patinent tout simplement.
Elles ressemblent à des drones miniatures avec leurs grandes pattes agiles.
J’avais flairé l’endroit. J’avais prévu m’y arrêter. Je n’aurais pas cru y trouver tant de beauté.
Les courbes 500 sont toujours bien situées. La nature fait bien les choses. C’est ici que je puise mon eau. Ce sera ma potion magique !
Que quelques pas et une belle tale de bleuets me séduit. Le décor change complètement. Je m’apprête à pénétrer dans un autre décor. La montagne redevient montagne. Les animaux marquent leur présence. Je la sens.
Fini les cordes d’escalade. Le sentier reprend son rôle sous la foulée de mes pieds.
Long escarpement rocheux. Ça coupe et ça tombe.
Les bouleaux blancs trônent fiers et solides. J’ai justement lu hier que les bouleaux laissent tomber intentionnellement leurs branches pour éloigner les autres espèces. Ils prennent et possèdent leur place. Ils sèment et se replantent par eux-mêmes. Ils sont autodidactes. J’ai tant à apprendre. J’ai beaucoup appris cet été juste à observer.
La nature est luxuriante, protégée par les rochers. La montagne ne m’appartient plus. Je la partage.
Montagne
Rendu à ce stade d’intimité, je peux commencer à te parler, te nommer et te tutoyer.
Arrêt vertigineux
Encore une corde bleue
Entrée d’air frais venu du fin fond de la vallée. Effluves de rivière qui remonte par cette faille Everest.
Vent chaud en haut de la faille
J’allais cueillir un bleuet à mes pieds, mais je me suis désisté. J’ai craint de piquer du nez. Le vent semble invitant mais je préfère de loin restée clouée à mon sentier,
C’est le paradis de la couleur.
Je regarde, j’attends et j’entends.
Retour au calme
Fini le brouhaha de la rivière
Oh ! Un faucon ! En vol, sous mes yeux ! Oulalaï ! Que j’aime me faire surprendre ainsi !
Il faut arrêter pour voir. Tout comme il faut s’arrêter pour se voir.
Brun, tacheté, un peu de blanc…j’espère le revoir.
Mes yeux fixent les cimes…en font le tour.
Je le cherche sans l’appeler.
Je l’attends
Une libellule tournoie au-dessus de moi.
Je marche tellement doucement ! Je m’attends à tout ! Je le sens.
Cette forêt est riche et courtisée. Fort pigmentée et riche en vie sauvage. Je poursuis mes observations…j’en oublie de marcher.
Les fougèrent trônent comme des reines emblématiques.
J’ai faim, je mange
J’ai soif, je bois
Je suis fatiguée, je m’arrête
Sans restriction, sans contraintes et sans défi.
J’adore cette section passée la rivière.
Mes pensées sont positives.
Une montée en douceur sur un sol moelleux de boue. Mou sous la semelle.
Plantes à ma hauteur, enrobantes, protégeantes
Je suis entourée d’oiseaux. Ils me suivent m’épient et m’accompagnent.
Je me sens comme Blanche-Neige.
Une corde bleue pour la descente. Est-ce la corde ou la couleur associée au danger qui donne le sentiment de sécurité ?
Je suis presqu’au sommet. Drôle de penser que je ne m’y rendrai pas aujourd’hui (jour 2). Mon but n’est pas le top. Difficile de m’y résigner…si près.
Mon but est ailleurs. Mon but est ici et maintenant.
Une ultime escalade vers le haut. Les nuages se sont déplacés. Ils renvoient leur image sur la montagne droite devant.
Mr. Nic est passé sur la terre boueuse. Il a piétiné et déféqué. Il a pourtant su passer en silence, dissimulé, sans pour autant laisser sa trace.
L’arbre
Tombé, plié, cassé
Je m’imagine être présente au moment où il s’est brisé, qu’il a cédé en écrasant tout sous le passage de son poids. Sans avertissement, surement un vacarme assourdissant !
Les avions s’en donnent à cœur joie, Grève terminée. C’est en approchant du ciel que je les remarque et que je les entends. J’entends également les mangeuses d’arbres au son si particulier. Les épinettes doivent les craindre. Ils doivent les entendre venir de loin. Elles s’incrustent. Elles grugent jusqu’à la moëlle, jusqu’à la mort.
C’est au son du mésangeai que je m’en retournerai.
Ça sent le crottin d’animal. Il n’est pas loin. C’est certain !
Finalement il m’attendait (l’orignal rencontré à l’allé). Il m’a semblé encore plus majestueux. C’est peut-être parce que maintenant on se connait. C’est à cette courbe que je reprendrai demain.
Il a vraiment une allure de légende cet orignal. Je suis certaine que les chasseurs du coin le connaissent et le cherche.
Comme je ne peux pas l’appeler Albert pour des raisons évidentes, je le baptiserai donc Nic, diminutif de Nicol au masculin. C’est un costaud, un viril. Notre rencontre s’est faite dans le calme, sans crainte, dans l’excitation du moment. Ni lui ni moi étions craintifs.
Je l’ai salué et je l’ai laissé brouter tranquillement.
L’arrivée ne fini plus de finir comme dans mes souvenirs.
Forêt très mixte. Il y a de tout ! J’arrête ici. Point de départ pour demain. Je croiserai peut-être un cervidé.
J’espérais que mon beau grand panache soit resté là à brouter en m’attendant. Je vais l’espérer. C’est tout ce que je peux faire.
Roitelet à couronne dorée.
Un bruit, un peu déstabilisant. Il va se passer quelque chose mais je ne sais pas encore quoi. Je sors ma caméra, je m’approche de mon sifflet, je marche, prudente.
Un orignal ! Splendide, gigantesque, grandiose !
On s’est regardés longuement. Je ne lui ai pas fait peur. Je ne suis pas menaçante. J’ai filmé, observé, lui ai glissé quelques mots et je l’ai laissé brouter à ses occupations.
Une bénédiction sur mon passage !
Je m’arrête à une heure, à une courbe ou à une lumière ? Il se pourrait que j’arrête l’écriture à une corde. Signal d’une escalade ou d’une descende raide.
Un merle d’Amérique se lamente dans cette section du sentier sombre et humide. Le piaillement du merle ressemble à une longue et douloureuse lamentation. Je l’interprète ainsi : « svp, svp, svp » jusqu’à ce que je craque. Si au moins je savais ce que tu quémande…
Ici, à flan de montagne, on l’entend, on le vit. Les feuilles des arbres frissonnent bruyamment. Les épinettes, quant ’à elles à peine si elles bougent.
Une couleuvre se dandine aux abords du sentier à un moment où il ne se passait rien. Le silence avant le show. Il suffit de s’arrêter et hop ! C’est ainsi depuis le début. Et hop ! La famille couleuvre au complet.
Mésangeai du Canada aux ailes déployées dans une vallée profonde. Quel bel endroit pour prendre son envol!
Les animaux se fraient des passages dans la terre humide au travers les fougères. Ça doit être moelleux pour leurs sabots et leurs griffes. Ils s’entendent pour vivre selon une routine établie. Manger cette herbe plutôt qu’une autre, passer près de cet arbre, boire à ce ruisseau, se tracer des chemins. J`en suis encore suis encore à me questionner.
Vue sur la chute Hélène, de l’autre côté.
Les heures s’enlignent et avancent.
Ce sera bientôt l’heure de continuer sans m’arrêter entre chaque courbe. J’ai encore du temps. J’ai toujours une petite ficelle qui me tiraille, qui me pousse à me dépêcher…partout. Est-ce pareil pour tout le monde ? Y a-t-il des gens qui préfère faire le choix de prendre leur temps et arriver dernier ?
J’aime la course. J’aime me classer. J’aime conclure. J’aime que les choses soint faites avant demain.
Un géant déraciné
Emporté par le vent. Ça grouille là-dedans. Des grosses roches y sont restées accrochées. Tout autour, dans la terre boueuse, les orignaux passent et repassent, laissant le sol mou couvert de traces de sabots. Les racines de plusieurs mètres s’entremêlent.
J’entends un écureuil alpin. À cette altitude, je pense que l’on peut les nommer ainsi. Verra t’il un jour le tumulte de la rivière ce petit écureuil ? Ça parcourt qu’elle distance un écureuil ? Restent-ils toute leur vie au même endroit ?
Ce que j’en sais, c’est que celui-ci est resté au même endroit le temps que je mange un sandwich au sommet et que je redescende.
J’ai gagné en confiance et en organisation. Téléphone et calepin à portée de main. Vêtements tout à fait adaptés à la montagne et à la météo. Mon nouveau super sac est bien ajusté, guêtres aux pieds, souliers bien lacés, casquette bien aérée, lunettes lavées, rien d’accrochant en toute légèreté. On appelle ça l’expérience. Je suis prête à recommencer ou à continuer. Je bouille d’idées.
Complètement majestueux ! Tout y est. Buffet à volonté.
Escarpements rocheux, les montagnes, les nuages qui reflètent leurs formes, la rivière, le soleil…de toute beauté ! Je suis en extase !
Ici pas de corde bleue. Deux billots putrifiés pour empêcher d’avancer. C’est bien peu pour un si éminent fossé.
Endroit panoramique. Poste d’observation et de recueillement. Il n’y a qu’une petite brise et moi-même à cet instant.
Point de vue. Rivière sablonneuse à demi asséchée. Ce fut un été sec. La rivière se glisse, sinueuse entre les montagnes vertes et rocheuses.
Une corde bleue me prévient de ne pas tomber. Du thé des bois entoure mes pieds. Thé des bois et thé du Labrador se côtoient. Belle place pour pousser. Quelques centimètres plus bas et c’est le vide.
Durbec des sapins; couleur que j’utiliserai pour ma charte.
Les courbes déboulent à toute vitesse. Tant que je reste solide sur mes pieds, tout va bien.
Utiliser la couleur cèdre rouge
J’ai l’inspiration du jour 1…bien différent de celui du premier jour. Transporter les bagages, prendre la voiture, un arrêt au dépanneur, des ponts, des routes et des cartes.
Rapidement plongé dans cet espace rempli d’air…il faut m’habituer à tant respirer.
Je suis à proximité du bonhomme du Mont Nicol-Albert. Monument de pierre naturel où il n’est plus possible de se rendre. Heureusement, j’y suis déjà allé.
Celles qui il n’y a pas longtemps nous appelions têtes de violon sont en train de brunir, de s’amoindrir.
Les fruits bleus noircissent. C’est la saison des bleuets. L’été tire à sa fin.
Ce projet m’aura entre autres appris à me sentir bien seule en forêt.
Cet été j’ai grandi.
Je suis maintenant grande comme une petite montagne.
Les montagnes se suivent et se chevauchent devant mes yeux. Fortin, Matawees, Logan, Bérubé. Toutes ces montagnes que je ne saurais nommer dans le bon ordre me rappellent de bons souvenirs de longue randonnée avec fiston.
Je ne me lasserai jamais de cette vue. Je stagne devant ce qui est plus grand que moi. C’est l’effet de la montagne.
Le petit versus le grand ne tient plus. Tout est grand !
Loin du bonheur préfabriqué. Ici je vis la beauté à l’état pur. C’est tout pour moi.
Section du sentier hommage aux immortelles. C’est une percée de soleil blanc dans la montagne. Les fruits bleus de la clintnie boréale sous le poids de la lumière.
On entend le cri d’une crécerelle d’Amérique. Elles sont nombreuses cette année. Les espèces que l’on peut observer varient d’une année à l’autre. C’est étonnant !
Les crécerelles et les immortelles se côtoient habituellement dans les champs. C’est aujourd’hui dans les hauteurs qu’elles se retrouvent, comme de vieilles connaissances.
J’aimerais connaitre le nom des plantes vertes et mauves reliées en leur centre. Elles ressemblent à des bettes à cardes.
J’aimerais aussi connaitre le nom des pierres grises et plates au reflet d’argent remplis de filaments.
Je m’informerai.
Un avion passe, le vent souffle les feuillages, le temps est bon et l’heure est bonne.
Un nuage assombri le ciel. J’enlève ma veste couleur 4 temps.
Les courbes sont rapprochées. Je ne me sens pas prête. Mon cerveau est à off.
J’entends, je vois mais je ne pense pas… c’est bon signe.
Je croyais croiser des gens.
Voitures dans le stationnement. J’y ai vu partir des gens.
Visite au sommet, maintenant je redescends. Pas de trace humaine, à part celle des semelles. J’en déduis que j’ai la montagne pour moi toute seule. Je suis une privilégiée. J’en suis consciente.
Belle montagne, amusante et agréable à découvrir. Malgré son aspect imposant, je ne sens pas la même majestuosité qu’au Mont-Blanc.
Il est ici MON sommet. Belle montée technique aux points de vue grandioses. Ce n’est vraiment pas plate à découvrir cette montagne.
Écrire et marcher vont maintenant de pairs.
Aujourd’hui mon objectif était de me rendre au sommet et écrire les courbes du haut en descendant. J’ai pris quelques notes au dictaphone, j’avais peur d’en oublier des bouts.
La vue est splendide. Les fesses sur mon petit tapis jaune, le soleil qui me chauffe le dos… la belle vie.
Je ne dois pas passer de courbes. Je vais souvent refaire les mêmes gestes; sortir mon calepin, mon crayon, regarder et écrire.
Sommet
Je photographie l’écriteau. J’immortalise la preuve.
Je me rappelle la dernière fois où je suis passé là. Épuisée, gros sac chargé sur le dos et brouillard à couper au couteau.
Aujourd’hui il fait beau. Je voyage léger à comparer. C’est au 880 que j’arrêterai diner car tout compte fait, brouillard ou non, on n’y voit pas grand-chose.
Ne pas s’y méprendre, tout est magnifique !
Quatorze couleurs relevées dans le paysage, quatorze ressentis.