
Topographies, entre les courbes est un projet artistique multidisciplinaire qui explore trois montagnes de la région à travers leurs courbes topographiques. À chaque courbe de niveau franchie s’impose une pause : un moment d’écriture, d’observation et de ressenti. Le résultat de cette démarche prend la forme d’œuvres, de séquences vidéo, de trames sonores, de photographies et de journaux de bord, forgeant ainsi une identité propre à chaque sommet.
Les courbes correspondent aux courbes de niveau des cartes topographiques, espacées de 10 mètres d’altitude. Chaque arrêt à une courbe donne lieu à un texte associé à une émotion dominante (sérénité, vertige, questionnement, gratitude…). Au total, environ 200 courbes ont été parcourues et « conclues » sur l’ensemble des trois montagnes.
Le journal de bord est le cœur du projet : il rassemble les textes écrits sur le terrain, courbe par courbe, calepin et crayon à la main. On y trouve des observations sur la faune et la flore, des réflexions, des rencontres marquantes et des instants de vie. C’est une lecture qui se fait comme on gravit la montagne : une élévation à la fois.
À chaque arrêt, l’émotion dominante du moment était notée sur le vif, sans filtre ni retouche : sérénité, vertige, surprise, questionnement, gratitude, fatigue… Le décompte de ces émotions, présenté sur la page de chaque montagne, dresse en quelque sorte le portrait émotif de l’ascension. Chaque montagne a ainsi sa propre couleur.
Chaque montage vidéo est porté par une œuvre musicale sur mesure. Les images et les sons de la nature ont d’abord été captés directement sur le terrain, au rythme des ascensions. Pour habiller ces images, le compositeur Marc Tremblay a imaginé des musiques originales pour chacune des trois montagnes, jouées par des musiciens de Matane. Elles s’inspirent directement de la personnalité de chaque montagne : puissante et remplie de mouvement pour l’une, douce et vertigineuse pour les autres.
Chaque fresque est installée dans un village situé à proximité de la montagne qui l’a inspirée. Ce lien de proximité ancre chaque œuvre dans sa communauté : la montagne et son village se répondent, l’une en altitude, l’autre au bord du fleuve. Une carte est disponible sur chaque page pour s’y rendre.
Ces trois sommets formaient un canevas idéal pour explorer les multiples facettes du territoire. Chacune des trois montagnes possède un caractère qui lui est propre : l’une spectaculaire et dynamique, les autres douces et mystérieuses. Ensemble, elles offrent trois expériences de marche, trois paysages et trois univers d’émotions distincts. Leur proximité et leur accès direct depuis les villages de la région permettaient aussi d’ancrer chaque œuvre dans une communauté.
Chaque montagne a été gravie à plusieurs reprises afin de couvrir l’ensemble de ses courbes, du pied jusqu’au sommet. La lecture des journaux de bord ne suit donc pas un ordre chronologique habituel : elle suit la montagne, courbe par courbe, plutôt que le fil des journées.
Chaque page réunit une vidéo, une œuvre, une trame sonore inspirée du caractère de la montagne, une galerie de photos, le décompte des émotions ressenties par courbe et le journal de bord complet de l’exploration.
Oui! Les trois sommets se trouvent dans la réserve faunique de Matane et ses environs, et sont accessibles par des sentiers balisés, notamment le Sentier international des Appalaches (SIA). Des randonnées pour tous les niveaux existent dans le secteur, des marches accessibles aux ascensions plus exigeantes. À noter : les sentiers menant aux sommets du projet comportent des sections plus techniques, avec cordes et forts dénivelés. À chacun d’évaluer sa condition physique et de bien se préparer avant de partir.
Ce projet est né de l’initiative de l’artiste Kathy Rioux (krioux.com), véritable investigatrice et conceptrice de l’œuvre globale. Elle a d’abord parcouru les trois montagnes calepin à la main pour en capter l’essence. C’est également elle qui a peint les trois œuvres installées dans les municipalités de la région (Saint-René-de-Matane, Saint-Adelme et Les Méchins). Ces murales ont d’ailleurs été en partie créées lors de sa résidence artistique à La Halte des créations à Matane. Chaque volet du projet, de l’écriture aux œuvres, en passant par les vidéos et les trames sonores, est le fruit d’une belle rencontre entre sa marche solitaire et la création collective.
Quatorze couleurs relevées dans le paysage, quatorze ressentis.